La Corée du Sud est confrontée à une crise démographique sans précédent, avec un taux de fécondité de 0,72 en 2023, soit le plus bas au monde. Une étude récente de l’Institut de recherche de Gyeonggi (GRI) établit un lien direct entre cette chute vertigineuse des naissances et la culture du surmenage dans le pays. Pour y remédier, le rapport propose une réduction de la semaine de travail standard de 40 à 35 heures, afin d’améliorer l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée.
Un lien évident entre surmenage et déclin de la natalité
D’après le rapport du GRI, publié mardi, la législation actuelle ne permet pas aux jeunes familles de concilier travail et parentalité. Bien que la Corée du Sud ait instauré en 2018 une limite de 52 heures de travail par semaine (40 heures standard + 12 heures supplémentaires), de nombreux travailleurs peinent encore à s’accorder du temps pour leur vie personnelle. Avant cette réforme, il était courant de travailler jusqu’à 68 heures par semaine, y compris les week-ends.
Les chiffres de la Banque mondiale (2022) confirment cette tendance : avec un taux de fécondité de 0,78, la Corée du Sud se classe dernière parmi les pays reconnus. En comparaison, un taux de 2,1 est nécessaire pour maintenir une population stable.
Les Coréens aspirent à travailler moins
L’enquête du GRI, menée en 2024 auprès de 1 000 travailleurs sud-coréens âgés de 20 à 59 ans, met en évidence un désir fort de réduction du temps de travail :
- 26,1 % des hommes et 24,6 % des femmes considèrent les horaires excessifs comme le principal obstacle à l’équilibre travail-famille.
- Chez les femmes dans la vingtaine, ce chiffre grimpe à 39,3 %, et à 31,5 % pour celles dans la trentaine, des périodes clés pour la maternité.
- Les travailleurs souhaitent en moyenne réduire leur journée d’une heure :
- Hommes : de 8,3 heures à 7,2 heures.
- Femmes : de 7,5 heures à 6,5 heures.
La demande est encore plus forte parmi les ménages à double revenu âgés de 30 à 40 ans, où hommes et femmes souhaitent réduire leur journée de 84 à 87 minutes.
Face à ce constat, le GRI recommande que les institutions publiques montrent l’exemple en adoptant des semaines de travail plus courtes, voire en intégrant une partie du temps de trajet dans les heures rémunérées.
« L’écart d’environ une heure entre les heures de travail réelles et souhaitées est particulièrement marqué chez les couples avec enfants. Réduire la durée légale du travail hebdomadaire à 35 heures est une étape nécessaire. »
— Yoo Jeong-gyun, chercheur au GRI.
Un débat économique : flexibilité ou réduction du temps de travail ?
Cette proposition arrive alors que le gouvernement et les grandes entreprises sud-coréennes s’orientent vers une plus grande flexibilité du temps de travail, notamment pour les industries stratégiques, comme les semi-conducteurs.
Le 10 février, des manifestants en combinaisons de protection ont protesté devant l’Assemblée nationale contre la loi K-Chips, qui prévoit d’exempter les employés hautement qualifiés du secteur R&D de la limite de 52 heures. Selon les syndicats et les groupes civiques, cette loi risque d’allonger encore davantage les horaires et d’aggraver les conditions de travail.
Les grandes entreprises favorables à des semaines plus longues
De leur côté, des entreprises comme Samsung Electronics estiment qu’un allongement des heures de travail est nécessaire pour rester compétitives face à Taiwan Semiconductor Manufacturing Co., où les semaines de 70 à 80 heures seraient monnaie courante.
Une enquête menée par la Chambre de commerce et d’industrie de Corée (KCCI) et l’Association coréenne des technologies industrielles révèle que :
- 75,8 % des départements R&D signalent une baisse de performances depuis la mise en place de la limite de 52 heures en 2018.
- 82,2 % des entreprises souffrent d’une pénurie de main-d’œuvre en R&D, due aux démissions et aux difficultés d’embauche sous le plafond des 52 heures.
- 69,4 % des entreprises soutiennent des horaires autogérés et 32,5 % souhaitent huit heures supplémentaires pour la R&D.
« Les limites rigides du temps de travail nuisent à la compétitivité de la R&D. Les entreprises ont besoin de plus de flexibilité pour rester en tête au niveau mondial, tout en protégeant les travailleurs socialement défavorisés contre les heures excessives, comme prévu à l’origine. »
— Lee Jong-myeong, directeur de l’innovation industrielle de la KCCI.
Un dilemme complexe pour l’avenir de la Corée du Sud
La Corée du Sud est à un tournant décisif. D’un côté, une réduction du temps de travail semble nécessaire pour stimuler la natalité et améliorer la qualité de vie. De l’autre, les grandes entreprises plaident pour plus de flexibilité afin de rester compétitives sur la scène mondiale.
Le gouvernement devra donc arbitrer entre ces deux visions pour trouver un équilibre qui permette à la fois d’assurer la croissance économique et de soutenir les familles sud-coréennes dans un pays où la démographie devient une véritable bombe à retardement.


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